Prise de Position de l’AMM concernant les Relations entre MĂ©decins et Entreprises commerciales


AdoptĂ©e par la 55e AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’AMM, Tokyo, Japon, Octobre 2004,
et rĂ©visĂ©e par la 60e AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale de l’AMM, New Delhi, Inde, Octobre 2009
et par la 71e Assemblée générale de l’AMM (en ligne), Cordoue, Espagne, Octobre 2020

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Pour traiter leurs patients, les médecins utilisent des médicaments, des instruments, des outils de diagnostic, des équipements et des produits conçus et fabriqués par des entreprises commerciales. L’industrie dispose de moyens pour financer des programmes de recherche et de développement coûteux qui nécessitent impérativement les connaissances et l’expérience de médecins. En outre, le soutien de l’industrie permet de poursuivre la recherche médicale, les conférences scientifiques et la formation médicale permanente qui peuvent être bénéfiques aux patients et à l’ensemble du système de santé. La combinaison des ressources financières et des connaissances sur les produits du côté de l’industrie et des connaissances médicales du côté des médecins permet le développement de nouvelles méthodes diagnostiques, de nouveaux médicaments, de nouvelles thérapies et de nouveaux traitements pouvant conduire à de grandes avancées médicales.

Il existe toutefois des conflits d’intérêts entre les entreprises commerciales et les médecins. Ces conflits peuvent porter préjudice aux soins des patients et à la réputation de la profession médicale. Le devoir du médecin est d’évaluer objectivement ce qui est le mieux pour le patient. En parallèle, les entreprises commerciales escomptent des profits pour les propriétaires lorsqu’elles vendent leurs produits et elles se concurrencent auprès de la clientèle. Des considérations commerciales peuvent nuire à l’objectivité du médecin, notamment si le médecin est d’une certaine façon dépendant de l’entreprise.

Plutôt que d’interdire toute relation entre les médecins et l’industrie, il est préférable d’établir des directives pour ces relations. Ces directives doivent contenir les principes essentiels de communication des informations, de transparence, de résistance aux conflits d’intérêts et de préservation de l’indépendance clinique du médecin afin qu’il puisse agir au mieux des intérêts des patients.

Ces directives qui règlementent les relations entre médecins et entreprises commerciales doivent être entendues à la lumière des principes éthiques de l’AMM, tels qu’ils sont décrits dans la Déclaration de Genève, la prise de position sur le conflit d’intérêts, la déclaration de Séoul sur l’autonomie professionnelle et l’indépendance clinique et le code international d’éthique médicale de l’AMM.

Les principes d’autonomie et d’indĂ©pendance clinique des mĂ©decins devraient se reflĂ©ter dans toutes les dĂ©cisions prises par les mĂ©decins pour les patients, quel soit leur environnement de travailĚý: subventionnĂ© par l’État, privĂ©, Ă  but lucratif ou non, financĂ© par des investisseurs, la compagnie d’assurance d’un employeur ou autre.

Les cursus des facultés de médecine et des programmes d’internat et de résidence devraient comporter des cours sur la relation entre entreprises et la profession médicale à la lumière des principes éthiques et des valeurs de la profession.

 

RECOMMANDATIONS

Conférences médicales

  1. Ces directives relatives aux confĂ©rences mĂ©dicales s’appliquent, le cas Ă©chĂ©ant, aux Ă©vènements organisĂ©s sous l’égide d’entreprises, ainsi qu’aux Ă©vènements Ă©ducatifs et aux activitĂ©s de promotion, y compris de dispositifs mĂ©dicaux, parrainĂ©s par une entreprise commerciale.Ěý
  1. Les médecins peuvent participer à des conférences médicales subventionnées pour tout ou partie par une entité commerciale si ces conférences respectent les principes suivants :
    • Le principal objectif de la confĂ©rence est l’échange d’informations professionnelles ou scientifiques dans l’intĂ©rĂŞt des soins au patient.
    • L’hĂ©bergement pendant la confĂ©rence doit ĂŞtre secondaire Ă  l’échange professionnel d’informations et ne doit pas excĂ©der ce qui est habituellement et gĂ©nĂ©ralement acceptable localement.
    • Les mĂ©decins ne perçoivent pas de rĂ©munĂ©ration directement d’une entreprise commerciale pour couvrir les frais de voyage et de sĂ©jour (les leurs ou ceux d’une personne qui les accompagne) Ă  l’occasion de la confĂ©rence ou Ă  titre de compensation pour le temps qu’ils y consacrent, Ă  moins que la loi ou la politique de leur association mĂ©dicale nationale l’autorise ou Ă  moins que cette compensation remplace des honoraires raisonnables rĂ©tribuant une prise de parole lors de la confĂ©rence.
    • Le nom de l’entreprise commerciale apportant un soutien financier est rendu public pour permettre Ă  la communautĂ© mĂ©dicale et au public d’évaluer justement les informations communiquĂ©es Ă  la lumière de la source de financement. De plus, les organisateurs de la confĂ©rence et les confĂ©renciers se doivent de faire preuve de transparence et d’informer les participants de tout lien financier qui pourrait influencer les activitĂ©s d’enseignement ou toute autre retombĂ©e de la confĂ©rence.
    • ConformĂ©ment aux Directives de l’AMM pour les interventions mĂ©diatiques promotionnelles des mĂ©decins, la prĂ©sentation d’un produit par un mĂ©decin est scientifiquement exacte, analyse objectivement toutes les autres options thĂ©rapeutiques possibles et n’est pas influencĂ©e par l’organisation qui subventionne l’évènement.
  1. Une confĂ©rence peut en outre se justifier au titre de la formation continue ou du perfectionnement professionnel que si elle rĂ©pond aux principes suivantsĚý:
    • les entitĂ©s commerciales qui les parrainent, telles que les laboratoires pharmaceutiques ou les entreprises du secteur des dispositifs et appareils mĂ©dicaux, n’influencent ni le contenu, ni la prĂ©sentation, ni le choix des intervenants ni la publication des rĂ©sultatsĚý;
    • les fonds engagĂ©s pour la confĂ©rence sont acceptĂ©s uniquement en tant que contribution aux frais gĂ©nĂ©raux de la manifestationĚý;
    • l’indĂ©pendance des contenus de la confĂ©rence est garantie.

Cadeaux

  1. Afin de prĂ©server le lien de confiance qui unit les patients et les mĂ©decins, ces derniers devraient dĂ©clinerĚý:
    • tout paiement en numĂ©raire ou Ă©quivalent, ainsi que tout cadeau ou avantage personnel provenant d’une entitĂ© commercialeĚý;
    • les cadeaux visant Ă  influencer la pratique clinique, y compris les incitations directes Ă  la prescription.
  1. Les mĂ©decins pourraient accepterĚý:
    • les cadeaux promotionnels si leur valeur est minime et si un tel cadeau n’est pas liĂ© au fait que le mĂ©decin prescrive un certain mĂ©dicament, utilise certains instruments ou matĂ©riaux ou adresse des patients Ă  un certain Ă©tablissement de santĂ©Ěý;
    • les cadeaux de courtoisie culturels, s’ils ne sont pas rĂ©guliers selon les normes locales, si leur valeur est minime et s’il n’a pas de lien avec la pratique de la mĂ©decine.

Recherche

  1. Un mĂ©decin peut effectuer des recherches financĂ©es par une entreprise commerciale, Ă  titre individuel ou dans le cadre d’une institution, s’il se conforme aux principes Ă©noncĂ©s ci-aprèsĚý:
    • Le mĂ©decin n’obĂ©it qu’Ă  la loi, aux principes et directives Ă©thiques de la DĂ©claration d’Helsinki et au jugement clinique lorsqu’il mène des recherches. Il devrait se garder de toute pression extĂ©rieure concernant les rĂ©sultats de ses recherches et ses publications.
    • Si possible, un mĂ©decin ou une organisation qui souhaite entreprendre des recherches, sollicite plusieurs entitĂ©s commerciales pour les financer.
    • Les informations personnelles sur l’identitĂ© des patients impliquĂ©s dans les recherches ou des participants volontaires ne sont pas communiquĂ©es Ă  l’entreprise partenaire sans le consentement des personnes concernĂ©es.
    • La rĂ©munĂ©ration versĂ©e au mĂ©decin pour sa recherche est basĂ©e sur le temps et les efforts qu’il y a consacrĂ©s. En aucun cas, cette somme ne saurait ĂŞtre liĂ©e aux rĂ©sultats de la recherche.
    • Les rĂ©sultats des recherches sont publiĂ©s en communiquant le nom de la sociĂ©tĂ© partenaire, accompagnĂ©s d’une mention indiquant qui est l’instigateur des recherches. Ce principe s’applique aussi bien Ă  un subventionnement direct qu’indirect, total que partiel.
    • Les entitĂ©s commerciales permettent la publication des rĂ©sultats des recherches sans restriction.
    • Lorsque cela est possible, la recherche financĂ©e par les entreprises commerciales devrait ĂŞtre dirigĂ©e par des entitĂ©s intermĂ©diaires sans but lucratif, comme des instituts ou des fondations.

Affiliations Ă  des entreprises commerciales

  1. Un mĂ©decin ne saurait s’affilier Ă  une entitĂ© commerciale, par exemple en tant que consultant ou membre du comitĂ© scientifique sans que cette affiliation soit conforme aux principes Ă©noncĂ©s ci-aprèsĚý:
    • L’affiliation ne porte pas atteinte Ă  l’intĂ©gritĂ© du mĂ©decin.
    • L’affiliation ne compromet pas les obligations du mĂ©decin vis-Ă -vis de ses patients.
    • L’affiliation, comme toute autre relation avec une entitĂ© commerciale est intĂ©gralement communiquĂ©e dans toutes les situations oĂą cette information est utile, comme les confĂ©rences, les apparitions publiques, les articles, les comptes-rendus et les contributions susceptibles d’influencer les missions des associations mĂ©dicales ou toute autre entitĂ© Ă  but non lucratif.
Prise de position
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